Les cités-jardins de Drancy, un habitat de cheminots

Une maison de la cité-jardin de Drancy, en briques, avec son jardin
Photo : Ykmyks, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Drancy comptait 4 817 habitants en 1911, et environ 50 000 en 1930. Entre les deux, la ville a poussé en dizaines de rues, de lotissements et de cités. Les deux cités-jardins du centre, bâties pour les cheminots de la Compagnie des chemins de fer de ceinture, racontent cette bascule mieux que les statistiques : des maisons de briques, des jardins, des ruelles courbes, et un siècle plus tard, un quartier toujours habité.

Une commande de la compagnie de ceinture

L’affaire commence en 1919. La Compagnie des chemins de fer de ceinture, qui emploie des milliers d’agents autour de Paris, cherche à loger les siens et négocie avec l’Office public des habitations à bon marché de la Seine. Une convention est signée en mai 1920 : la compagnie s’engage à couvrir le déficit d’exploitation pendant vingt-cinq ans, et les locataires sont choisis sur ses listes de personnel.

Le terrain retenu couvre 5 hectares. Le projet est dessiné entre 1920 et 1922 par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutté et André Arfvidson. Ils livrent 154 logements répartis en 139 maisons, groupées par deux, trois, quatre, cinq ou six. Tout est en briques, avec des toits à deux pans, des pignons, des placettes et des clos plantés. Une coopérative y ouvre son magasin, aujourd’hui disparu.

Le plan ne trace pas de rues droites. Les maisons s’organisent autour de placettes et de clos plantés, ce qui donne au quartier un air de village. Le nom de cité-jardin n’est pas un argument commercial : il décrit un plan.

Une deuxième cité, liée à la nouvelle mairie

En juin 1922, un projet d’extension de 58 logements est mis à l’étude. Il s’accroche à un chantier voisin, celui de la nouvelle mairie. Le dossier est gelé, puis relancé en février 1927 avec un autre architecte, Paul Sirvin.

Cette deuxième tranche change de style. Rue de la République, 28 petits logements collectifs sont montés sous un toit-terrasse, avec un dispensaire. Dix pavillons à toit-terrasse, soit 26 logements, complètent l’ensemble, ainsi que des bains-douches. L’usage du toit plat, rare à l’époque dans une commune de lotissements, annonce les années 1930. On parle alors de la nouvelle cité-jardin, avant qu’elle ne prenne le nom de cité Paul-Bert.

Des briques pour les agents du rail

Ces maisons n’ont pas été construites pour n’importe qui. Les premiers habitants sont des cheminots de la compagnie, dont le réseau traverse la commune et dont le triage du Bourget est tout proche. Le sujet est décrit dans notre page sur les transports et l’accès à Drancy. Ils arrivent avec leur famille, leur métier et leurs horaires décalés. Le quartier vit au rythme des trains, et les jardins servent de potagers autant que d’agrément.

Le bâti surprend par sa cohérence : mêmes briques, mêmes proportions, mêmes clôtures basses. Rien de monumental. C’est une architecture de série, pensée pour être reproduite et entretenue à peu de frais, et c’est justement ce qui fait aujourd’hui son intérêt.

Ce qu’il en reste

La première cité a été partiellement démolie entre 1994 et 1996. Une soixantaine de maisons subsistent le long de la rue Jean-Soubiran, alignées sous leurs toits de tuiles. La cité Paul-Bert, elle, a été conservée en totalité, y compris ses logements collectifs à toit-terrasse et son ancien bains-douches, transformé en crèche.

Ces maisons appartiennent aujourd’hui à des propriétaires privés et à l’office public de l’habitat. Le quartier reste vivant et entretenu.

Les cités-jardins de Drancy ne se visitent pas comme un monument. On les longe, on regarde les porches, les jardins, les plaques de rue, et l’on comprend comment une commune de la banlieue parisienne est passée en vingt ans du village à la ville.

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