1870 : l'année où Drancy a été rasée

Le château de Ladoucette, à Drancy, reconstruit après sa destruction de 1870
Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Drancy est connue pour sa cité de la Muette et pour les années d’Occupation. Il existe pourtant une autre date, presque effacée, où la commune a failli disparaître : l’hiver 1870. Pendant le siège de Paris, le village s’est retrouvé sur la ligne de front, a été presque entièrement détruit, puis reconstruit pierre par pierre. Deux témoins de cette année-là sont encore visibles aujourd’hui, un mur et un monument.

Décembre 1870, la commune sous les obus

À la fin de 1870, l’armée prussienne encercle Paris. Drancy, située à une dizaine de kilomètres de la capitale, se trouve dans la zone des combats. En décembre, les affrontements sont violents dans le secteur du Bourget, et la commune est presque entièrement détruite. Les habitants se réfugient à Paris, abandonnant le territoire aux armées, qui organisent leur défense derrière les murs de la propriété du château. La ville est alors un village de cultures et de marais, sans grandes réserves : il ne reste presque rien à sauver.

Le château, détruit puis rebâti

Le château de Ladoucette, dont l’origine remonte au XVIe siècle et à la famille Séguier, n’échappe pas au désastre. La baronne de Ladoucette, propriétaire des lieux depuis 1856, doit quitter le château au début de la guerre, devant l’avancée prussienne. L’édifice est détruit pendant les combats, puis reconstruit par ses soins. La nouvelle bâtisse connaît de nouvelles destructions pendant la Première Guerre mondiale, où elle sert d’ambulance secondaire et de centre de convalescence pour les soldats blessés au front. Elle accueille ensuite des enfants atteints de troubles psychiques, avant que la ville ne l’achète en 2009 pour y développer des activités culturelles.

Le mur aux 28 000 impacts

Le détail le plus parlant de cette histoire se trouve encore dans le parc de Ladoucette. Le mur d’enceinte de la propriété porte les marques des combats de 1870, et une plaque rappelle aux visiteurs que le bâtiment a été criblé de 28 000 impacts de balles. Le reste du parc raconte la même époque à sa manière : la glacière, construite en 1740 sur les ruines de la tour d’entrée de l’ancienne maison forte, servait de chambre froide, alimentée par la glace d’un plan d’eau voisin. C’est dans cet espace, racheté progressivement par la commune entre 1969 et 1974 et ouvert au public en 1976, que ces traces se lisent aujourd’hui, entre le bassin et la ferme pédagogique.

Un monument payé par souscription

À la fin du XIXe siècle, un journaliste du Petit Parisien note une anomalie. De toutes les communes de la banlieue parisienne touchées par les opérations du siège, Drancy serait la seule à ne pas posséder de monument digne de recevoir les restes de ses enfants morts pour la défense du pays. Le conseil municipal ouvre alors une souscription nationale, et les dons affluent à la mairie. Le projet retenu est confié à l’architecte de la ville, Charles Durand, avec le sculpteur Émile Guillaume. Pour 820 francs, celui-ci réalise une maquette en bronze figurant un épisode de la guerre, pièce unique exécutée spécialement pour le monument, complétée sur les trois autres façades de cartouches décorés d’attributs guerriers.

La commune n’en a pas fini avec les deuils. Lors de la Première Guerre mondiale, plus de 200 Drancéens meurent au combat. Le monument de 1870 porte donc, dans la mémoire locale, les deux conflits à la fois.

Voir ces traces aujourd’hui

Le parc de Ladoucette occupe le centre de Drancy. On y entre librement, et le mur d’enceinte se repère à l’ouest. Le château, racheté par la ville en 2009, est affecté à des activités culturelles, et le monument aux morts de 1870 se découvre en passant. Une heure suffit pour faire le tour, et l’on ressort avec une autre image de la ville, celle d’un village de la plaine parisienne qui a payé très cher une guerre décidée ailleurs.

Le conseil du guide : entrez par l’entrée ouest du parc, celle où subsistent les vestiges de la grille du XVIIIe siècle et ses hérissons de fer forgé, puis suivez le mur d’enceinte jusqu’à la plaque. La page patrimoine de Drancy permet de replacer cette année 1870 dans l’ensemble de l’histoire de la ville, du château des Séguier à la cité de la Muette.

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