Patrimoine de Drancy : la Cité de la Muette, la mémoire de la Shoah et les églises des années 1930

Le monument aux déportés de Shelomo Selinger, trois blocs de pierre dressés devant le Mémorial de la Shoah de Drancy
Photo : Eléonore Ward, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Le patrimoine de Drancy se visite dans un ordre précis : d’abord la Cité de la Muette et la mémoire de la Shoah, ensuite un patrimoine plus ordinaire et tout aussi réel.

La Cité de la Muette, laboratoire des grands ensembles

« La Muette » viendrait du mot meute et d’un chenil de chasse installé à cet endroit. En 1925, l’office des HBM de la Seine achète 11 hectares sur ce lieu-dit pour y bâtir une cité modèle. Le projet, lancé en 1929 dans le cadre de la loi Loucheur, est confié aux architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods, avec les ingénieurs Vladimir Bodiansky et Jean Prouvé. Le plan prévoit 1 250 logements, dont cinq tours de quinze étages et, à l’ouest, un immeuble en U de quatre étages autour d’une cour de 200 mètres sur 40.

La construction, commencée en 1932, innove par l’emploi d’une ossature métallique garnie de panneaux de béton préfabriqués. Le chantier s’arrête au début de 1935 et l’ensemble reste inachevé. Classée monument historique depuis le 25 mai 2001, la cité l’est pour son architecture comme pour ce qu’elle a vécu pendant la guerre.

Le camp d’internement et la mémoire de la Shoah

Le bâtiment en U, réquisitionné dès 1939 pour des prisonniers de guerre, devient en août 1941 un camp d’internement pour les Juifs de France. Jusqu’en août 1944, Drancy est la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France : neuf Juifs déportés de France sur dix y transitent. Une soixantaine de convois partent entre 1942 et 1944, d’abord de la gare du Bourget-Drancy puis de celle de Bobigny, pour l’essentiel vers Auschwitz. Sur les quelque 76 000 Juifs déportés de France, environ 63 000 sont partis de Drancy, et moins de 2 000 de ces déportés sont revenus. Le 18 août 1944, les 1 467 derniers internés sont libérés.

Achevé en 1946, le bâtiment en U est toujours habité ; autour de lui, la ville a organisé la transmission de la mémoire. À l’entrée du site, le monument de Shelomo Selinger, élevé en 1976 après un concours international, dresse trois blocs de pierre sur une butte pavée, formant la lettre hébraïque shin. Tout près, le wagon témoin, retrouvé à la gare du Bourget-Drancy et exposé depuis 1988, est en restauration depuis le printemps 2026 avant son retour sur le site.

Face à la cité, le Mémorial de la Shoah de Drancy a ouvert le 21 septembre 2012. Antenne du Mémorial de la Shoah de Paris, bâti sur un terrain cédé par la ville, l’édifice sobre de l’architecte suisse Roger Diener offre, par ses baies vitrées, une vue directe sur l’ancien camp. L’exposition permanente, en français et en anglais, documente l’histoire du camp, des convois et des témoins. Le site se visite dans le respect de ceux qui y ont souffert.

L’hôtel de ville et les églises des années 1930

Le reste du patrimoine est plus léger. L’hôtel de ville, élevé en 1859 comme maison de convalescence pour ouvriers avant de devenir la mairie, domine la place centrale de sa tour à horloge. La croissance des années 1930 a laissé trois églises de quartier : Saint-Louis, dans le quartier de l’Économie, construite en béton ; Saint-Jean-l’Évangéliste, au nord, en brique ; et Sainte-Louise-de-Marillac, rue Anatole-France, édifiée de 1936 à 1939. Elle a succédé à l’église du vieux village, Saint-Germain-l’Auxerrois, reconstruite en 1872 et démolie en 1973.

Le château de Ladoucette et son parc

Au centre, le parc de Ladoucette abrite le château du même nom, dont l’origine remonte à 1533 et à la famille Séguier, seigneurs du Grand Drancy. Presque entièrement détruit pendant la bataille du Bourget de décembre 1870, il est reconstruit pour la famille Ladoucette ; en 1892, la baronne le lègue à l’asile de jeunes filles qu’elle avait fondé. La commune rachète le domaine entre 1969 et 1974 et ouvre le parc au public en 1976. Le château accueille aujourd’hui expositions et animations, et le mausolée de la baronne se dresse dans les arbres. Le détail de ce patrimoine vert est dans notre guide des espaces verts.

Pour situer la ville et préparer votre venue : découvrir Drancy, transports et accès.

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