« Le dessinateur de Drancy » : une BD redonne un visage aux croquis du camp
Une cohorte de détenus quittant le camp, presque écrasée par les bâtiments noirs derrière elle. La masse informe des douches. L’arrivée des enfants, déjà orphelins de leurs parents, en gare du Bourget. Ces scènes, Georges Horan-Koiransky les a dessinées pendant ses neuf mois d’internement à Drancy, entre juillet 1942 et mars 1943.
Cet homme, devenu « le dessinateur de Drancy », fait l’objet d’une bande dessinée d’Hervé Duphot, « Le dessinateur de Drancy », parue début septembre aux éditions Delcourt (13 euros) et présentée le jeudi 10 septembre au Mémorial de Drancy.
Un dessinateur industriel derrière ses croquis
Né à Saint-Pétersbourg en 1894, arrivé en France avec sa famille à l’âge de 6 ans, Georges Koiransky est arrêté le 11 juillet 1942 parce que juif. Interné à Drancy, il n’est pas déporté : son statut de « conjoint d’Aryenne » le protège, mais sa libération tarde neuf mois, le temps que sa femme Hélène obtienne son certificat de non-Juive et l’attestation liée à ce statut. Horan, le nom de résistant qu’il se choisira après sa sortie du camp, viendra s’ajouter à son patronyme.
Dessinateur industriel de métier, il fixe le quotidien du camp sur le papier, au risque de gros ennuis. « S’il avait été pris, il serait allé à la cave-prison, dans lequel les autorités allemandes du camp piochaient pour compléter des convois de déportation », rappelle Benoît Pouvreau, historien chargé du patrimoine au Département de la Seine-Saint-Denis.
Un journal retrouvé et publié en 2017
Georges Koiransky n’a pas seulement dessiné. Il a couché son expérience dans un Journal rédigé dès sa libération, en mars 1943, non édité de son vivant. Les recherches de Benoît Pouvreau ont permis de retrouver le manuscrit, publié en 2017.
C’est en se documentant sur le camp pour une précédente BD consacrée à Simone Veil, elle aussi passée par Drancy, qu’Hervé Duphot est tombé sur ce texte. Il le juge « remarquable, à la fois précis, littéraire et même parfois pas dénué d’une certaine ironie ». La BD intègre certaines estampes de Georges Koiransky, dont la plus connue, celle de l’arrivée des enfants en gare du Bourget-Drancy.
63 000 Juifs déportés depuis Drancy
Le camp de Drancy fut le plus grand camp de concentration de France. Environ 63 000 Juifs y ont été envoyés vers les camps de la mort, sur les 74 000 Juifs déportés de France. D’autres détenus ont dessiné le camp, comme Jane Levy ou David Brainin, mais Georges Koiransky s’y est mis dès son arrivée, avec la visée de dénoncer pour la postérité.
L’ouvrage est publié avec l’appui de Mémoires en réseau, à l’initiative du Département. Claire Fuchs-Koiransky, petite nièce et ayant droit de l’artiste, a fait le déplacement depuis l’Allemagne pour la présentation. « Aujourd’hui les principaux témoins de la Shoah ne sont plus là pour nous dire : plus jamais ça. Il faut donc que ce soient des œuvres intellectuelles comme des livres, des films ou des BD qui nous le rappellent », a-t-elle déclaré.